Richard Huet fete ces 80 ans

CJMS Media
Écrit par : Sylvain Poirier
Richard Huet naît le 3 septembre 1946 à Montebello, au creux de la Petite-Nation. Pas d’école de chant, pas de piano à queue au salon. Juste la radio qui crache, la messe du dimanche où il s’accroche à chaque note, et cette envie très tôt : chanter pour vrai.
L’adolescence l’amène à Verdun. C’est là que tout bascule. En 1964, il pousse la porte du Centre récréatif de Verdun pour un concours amateur. Il a 18 ans, un veston trop grand, une voix déjà posée. Il gagne. Dans la salle, on entend autre chose qu’un jeune qui veut faire comme les autres.
L’année suivante, il rejoint Les Ouysconitchis. Nom impossible, groupe formidable. Le Québec yé-yé tourne à plein. Écoles secondaires, sous-sols d’église, salles paroissiales : Huet apprend le métier à la dure, trois sets par soir, l’ampli qui grésille, les filles qui crient.
Sa devise
“D’églises... en trous profonds, sans faire de bruit, je suis toujours là...”
— Richard Huet, en entrevue, sur soixante ans de métier sans tapage
02Le tournant parisien et La Baie James
1968. Terre des Hommes, au Parc Jean-Drapeau, héritage d’Expo 67. Festival, foule, drapeaux. Richard monte et chante Yesterday. Pas une imitation des Beatles : une lecture. Grave, retenue, presque une prière. Les programmateurs le notent. Le public aussi.
En 1969, premier 45 tours. Le Québec découvre la patte Huet : pas de détour, la mélodie devant, les mots simples. Le disque tourne sur CKAC, CJMS, dans les juke-boxes des casse-croûtes.
Puis Paris. 1971. Rencontre capitale avec Eddy Marnay, le parolier d’Aznavour, de Piaf. Marnay entend quelque chose chez le Québécois : une sincérité sans fard. Un album est enregistré à Paris, arrangements soignés, cordes qui ne prennent jamais le dessus sur la voix.
Le retour est triomphal. 1972, La Baie James devient l’une de ces chansons qui collent au paysage. On la chante dans les chars, sur les chantiers, dans les camps de bûcherons. Cette même année, il s’embarque dans Musicorama : 42 villes du Québec en quelques semaines. Rimouski, Rouyn, Jonquière, Sherbrooke. L’autobus sent le café et les guitares. C’est le Québec en tournée, avant les autoroutes à quatre voies.
03L’homme de scène
Si Richard Huet a une école, c’est la scène. Pas les plateaux télé, pas les palmarès — la scène. À partir de 1976, il devient un homme de cabaret. Chez Gérard, Le Patriote, les boîtes de la Main. Deux shows par soir, parfois trois. Le veston à paillettes le vendredi, la chemise ouverte le samedi. Il apprend à tenir une salle qui a bu, à faire taire une table du fond d’un regard, à enchaîner une ballade après un rock sans perdre le fil.
1983 : Amen. Plus intérieur. Moins de cuivres, plus d’âme. Une chanson qui parle de foi sans jamais prêcher. 1984 : la Place des Arts. Son nom s’allume. Pour un gars de Montebello passé par Verdun, c’est pas rien. Il y chante comme s’il était encore au Centre récréatif : proche du monde.
1985, détour inattendu : Midnight Blue l’amène jusqu’en Irlande. Les Irlandais y entendent une parenté — les grandes plaines, l’exil, le retour. Huet, lui, ramène des mélodies plein les poches.
04Une deuxième famille en Floride
Depuis le début des années 90, une autre histoire s’écrit, sous les palmiers. Le CanadaFest en Floride. Hallandale, Pompano Beach, Hollywood, Fort Lauderdale. Chaque hiver, les Québécois descendent, et Huet descend avec eux. Même public, autre décor : au lieu de la neige sur les bottes, le sable dans les souliers.
Il y a trouvé une deuxième famille. Des couples qui le suivent depuis Musicorama, qui ont vieilli avec lui, qui amènent maintenant leurs petits-enfants. On lui demande encore La Baie James, il la chante sans jamais l’user. C’est ça, le métier : savoir qu’une chanson n’appartient plus à celui qui l’a chantée.
Aujourd’hui, il vit à Sainte-Anne-des-Plaines, entre deux avions, entre deux saisons. 80 ans le 3 septembre 2026. La voix un peu plus basse, le regard pareil. Quand on lui demande le secret, il répond comme il a toujours répondu : “J’ai jamais arrêté.”
Sans faire de bruit, il est toujours là. Et c’est bien comme ça.
Frise 1964 — 2026
Soixante ans de chansons
1964
Centre récréatif de Verdun
Premières scènes. À 18 ans, il gagne un concours amateur et comprend que chanter, c’est sa place.
1965
Les Ouysconitchis
Il joint le groupe yé-yé. Guitares, harmonies, tournées d’écoles et de sous-sols d’église.
1968
Festival Terre des Hommes – Yesterday
Au lendemain d’Expo 67, il reprend Yesterday des Beatles devant des milliers de personnes. Frissons. On retient son nom.
1969
Premier 45 tours
Son premier vinyle paraît au Québec. Voix déjà chaude, vibrato assumé, le ton Huet est là.
1971
Album à Paris – Eddy Marnay
Direction Paris. Rencontre décisive avec Eddy Marnay. Un album enregistré là-bas, entre rive gauche et studios feutrés.
1972
La Baie James + Musicorama
Le grand succès populaire La Baie James. La même année, Musicorama : 42 villes du Québec en tournée. L’autobus, les salles combles.
1976
L’époque cabaret
Les cabarets de Montréal et de Québec. Deux shows par soir, le veston à paillettes, le métier qui rentre dans le corps.
1983
Amen
Retour en studio avec une pièce plus intérieure. Une chanson de foi discrète, sans prêche.
1984
Place des Arts
La consécration montréalaise. Une grande salle, son nom en lettres lumineuses.
1985
Midnight Blue en Irlande
Il porte Midnight Blue jusqu’en Irlande. Le Québec qui s’exporte, guitare en bandoulière.
Depuis 1990
CanadaFest, Floride
Une deuxième famille sous les palmiers. Chaque hiver, il retrouve son public de snowbirds à Hallandale, Pompano, Hollywood.
2026
80 ans – Sainte-Anne-des-Plaines
Toujours entre le Québec et la Floride, toujours la même passion intacte.
Discographie sélective
45 tours · 33 tours · Live
1969
45 tours – Premiers succès
1971
Album Paris (Eddy Marnay)
1972
La Baie James (45 tours)
1972
Musicorama – Live tournée
1974
Les chemins d’été
1976
Cabaret – En public
1983
Amen
1984
Place des Arts – Récital
1985
Midnight Blue
1995
CanadaFest – Floride
2010
Intime – 50 ans de chansons
2020
Encore – Best of
Liste non exhaustive, établie d’après archives personnelles, programmes Musicorama et collections vinyle. Certains 45 tours sont devenus introuvables.
Dernière mise-à-jour de l'article : Samedi 05 septembre 2026 à 11:00:05
Écrit par : Sylvain Poirier
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