Grève au port de Montréal : Québec et Toronto interpellent Ottawa

PHOTO : RADIO-CANADA / IVANOH DEMERS

Écrit par : Martin Ayotte

Le Québec et l'Ontario pressent Ottawa de faire aboutir les négociations qui perdurent depuis deux ans et demi entre l’Association des employeurs maritimes (AEM) et les débardeurs du port de Montréal, ces derniers ayant entamé lundi matin une grève générale illimitée.

Depuis 7 h ce matin, le port de Montréal tourne au ralenti. Tel qu'ils l'avaient annoncé, les 1100 membres du Syndicat des débardeurs SCFP de la section locale 375 ont cessé la manutention des marchandises et l'amarrage des navires, au port de Montréal comme au terminal Contrecoeur, en aval sur la Rive-Sud.

Le terminal céréalier, le service Oceanex et la manutention du vrac liquide sont les seuls secteurs à ne pas interrompre leurs activités, en vertu de dispositions au Code canadien du travail.

De crainte de revivre le même scénario que l'été dernier, quand les débardeurs avaient fait grève pendant près de deux semaines, des ministres québécois et ontariens ont cosigné une lettre dans laquelle ils interpellent la ministre fédérale du Travail, Filomena Tassi.

Malgré l'intervention d'Ottawa dans ce dossier, en fournissant notamment l'aide de médiateurs, « force est de constater que les parties n’en sont toujours pas arrivées à une entente », ont déploré les ministres québécois Pierre Fitzgibbon, Jean Boulet, François Bonnardel et Chantal Rouleau, ainsi que leurs homologues ontariens Vic Fedeli et Monte McNaughton.

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Une citation de :Lettre des ministres québécois et ontariens de l'Économie, du Travail et des Transports


Dimanche, à la veille du déclenchement de la grève, le gouvernement Trudeau a fait savoir qu'un projet de loi prévoyant la reprise et le maintien des opérations serait déposé à la Chambre des communes afin d'éviter la paralysie des activités portuaires, en l'absence d'un consensus entre les parties.

Ce texte pourrait être déposé mardi, mais encore faut-il qu'il soit débattu et approuvé. Le chef du Parti conservateur Erin O'Toole, qui a reproché au gouvernement Trudeau son inaction dans ce dossier, a dit vouloir examiner le projet de loi avant de dire s'il l'appuierait.

Le député néo-démocrate Alexandre Boulerice a quant lui dénoncé au nom de son parti le recours à une loi spéciale, qu'il juge « inacceptable », tandis que le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, a désapprouvé l'idée de « sauver l'économie [...] sur le dos du droit à la libre négociation ».

Un homme masqué manifeste devant le port avec une pancarte du SCFP.
Depuis 7h lundi matin, les débardeurs ont interrompu la manutention des marchandises et l'amarrage des navires au port de Montréal.

À l'instar d'Ottawa, les ministres québécois et ontariens ont dit malgré tout favoriser un règlement à la table de négociation. Bien qu'il salue la « la volonté d'Ottawa » d'adopter une loi spéciale, le ministre du Travail Jean Boulet a assuré avoir encore confiance dans le processus.

Les conséquences de l'interruption des services au port de Montréal se feront toutefois sentir par tous les Canadiens, ont mis en garde les ministres. Les décisions des gouvernements face à ce conflit de travail doivent tenir compte des impacts dévastateurs sur des travailleurs et des entrepreneurs qui dépendent du port, ont-ils insisté.

Selon les ministres, près de 250 000 employés du Grand Montréal et 273 000 autres employés en Ontario pourraient subir les contrecoups de cette grève.

Tandis que les provinces s'efforcent de relancer leurs activités économiques, mises à mal par la pandémie, cette grève générale illimitée tombe au mauvais moment.

Depuis le début de l'année, le trafic conteneurisé connaît une baisse importante au port de Montréal et un écart de performance de plus de 10 % s'est creusé entre le port et ses principaux concurrents américains , ont rappelé les ministres.

Une rencontre, mais peu d'espoir de règlement
Cette pression exercée sur l'économie est un mal nécessaire pour les débardeurs, non pas le but de leur grève, a rappelé le conseiller syndical du SCFP section locale 375, Michel Murray, au micro de Tout un matin.

Malgré la grève générale illimitée, les discussions se poursuivent. Une rencontre entre l’Association des employeurs maritimes et le syndicat devait avoir lieu lundi matin.

M. Murray fondait toutefois peu d'espoir dans ces pourparlers alors que la menace d'une loi spéciale, qui vient court-circuiter le processus de négociations, plane. L'employeur, a-t-il dit, doit être « mort de rire ».

J'ai aucune espèce d'espoir qu'il va y avoir un règlement aujourd'hui. L'employeur va s'asseoir sur ses mains et attendre de voir le contenu de la loi spéciale de la ministre Tassi, a-t-il lancé.

<<J'ai zéro attente. Ça va être une promenade à la campagne ce matin pour l'employeur, avec la menace d'une loi spéciale. Ça déséquilibre totalement le rapport de force entre les parties.>>
Une citation de :Michel Murray, conseiller syndical du SCFP section locale 375


Cette grève générale illimitée est l'ultime recours employé par les débardeurs pour manifester, notamment, contre les changements d'horaire unilatéraux imposés récemment par l'AEM – et qui devaient entrer en vigueur lundi matin – au moment même où les discussions achoppent sur la question des horaires et de la conciliation travail-vie personnelle.

Les débardeurs avaient auparavant déclenché des grèves partielles, en refusant de travailler les week-ends et de faire des heures supplémentaires à leur quart de huit heures.

Depuis vendredi, a rappelé M. Murray, le syndicat s'est fait très clair : si l'AEM faisait marche arrière sur cette modification des horaires, toutes les grèves seraient annulées.

Le gouvernement, plutôt que de courir après l'employeur, [nous menace] d'une loi spéciale. C'est assez particulier, a-t-il déploré, faisant valoir que le syndicat avait déposé des offres qui ont été refusées par la partie patronale.

Au terme d'une trêve de sept mois entre les deux parties, le syndicat avait rejeté l'offre de l'employeur à 99,71 %, jugeant qu'il n'offrait pas de solution satisfaisante pour régler l'une des questions au cœur du litige, soit les horaires de travail.

Deux offres ont aussi été présentées par l'employeur le 15 avril, et toutes deux ont essuyé un refus « sur place » de la part du syndicat, a expliqué M. Murray.

Depuis 2018, la convention collective du Syndicat des débardeurs du port de Montréal est échue. Outre les horaires de travail, le SCFP espère des avancées sur les fronts du droit à la déconnexion, de la sécurité d'emploi pour les jeunes travailleurs et du code de discipline, qui devrait selon lui faire l'objet d'une refonte.

 

 

Source : Radio-Canada │ Valérie Boisclair




Dernière mise-à-jour de l'article : Lundi 26 avril 2021 à 11:23:30

Écrit par : Martin Ayotte



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