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Mort de Rosalie Gagnon: plusieurs «drapeaux rouges» ignorés par la Maison Marie-Rollet

PHOTO COURTOISIE, SPVQ

Écrit par : Martin Ayotte

La coroner chargée de faire la lumière sur la mort horrible de la petite Rosalie, en avril 2018, critique sévèrement la maison qui hébergeait la mère de la fillette, estimant que plusieurs « drapeaux rouges » ont été ignorés par le personnel.

Près de trois ans après la mort de Rosalie, qui avait indigné le Québec, la coroner mandatée pour mener une enquête publique afin de déterminer les lacunes qui ont mené à cette tragédie a remis son rapport.


Dans le document, Me Géhane Kamel écorche le travail de la Maison Marie-Rollet dont les actions auraient pu éviter une fin aussi tragique.

La coroner note d’abord que plusieurs éléments inquiétants, précédant l’expulsion de la mère et sa fille, sont « complètement passés sous le radar des intervenants ».

La mère, Audrey Gagnon, avait admis consommer du cannabis quotidiennement et faisait des sorties tardives, mais « aucun membre du personnel ne s’est inquiété de Rosalie ».

Juste avant la pandémie, la mère de Rosalie a été condamnée à la prison à vie sans possibilité de libération avant 14 ans.

La femme de 23 ans a donné 32 coups de couteau à sa fillette de 2 ans avant de jeter le corps dans une poubelle.

Manque d’humanité

Pourtant, le comportement de la mère avait changé, révélant des « indices importants de dysfonction » jusqu’au soir de l’expulsion où elle a menacé une intervenante de la « brûler vive ».

À ce propos, Me Kamel s’est étonnée de la réaction de l’ex-directrice de la Maison, qui n’a pas cru bon d’appeler les policiers.

Si la police avait été appelée, « il est tout à fait légitime de croire » que l’histoire se serait terminée différemment, estime la coroner.

L’argument soutenu par la résidence, soit celui d’un départ volontaire d’Audrey Gagnon, a d’ailleurs été jugé « pas crédible ».

Une critique bien sentie est adressée à l’organisme d’hébergement pour femmes violentées qui a « gardé le cap » et répété pendant l’enquête qu’il ne craignait pas pour la sécurité de Rosalie au moment des faits.

Les réponses de la Maison Marie-Rollet « donnent le vertige », lâche la coroner. Admettre qu’elle aurait dû agir différemment « n’aurait pas été un aveu de culpabilité, mais d’humanité ».

Un symbole

Malgré la fin tragique de Rosalie, la coroner estime que les témoignages obtenus durant l’enquête convergent vers un même constat, « Mme Gagnon aimait sa fille ».

« Je crois que Rosalie mérite de devenir ce symbole que plus jamais nous n’oublierons notre devoir collectif de protection », conclut la coroner dans son rapport, en citant même Jacques Brel.

La Maison Marie-Rollet a réagi par communiqué au rapport, en déclarant « prendre acte des recommandations » de la coroner, et avoir proposé des améliorations lors de l’enquête pour éviter qu’une situation semblable se reproduise.

DES RECOMMANDATIONS
Recommandation à la Maison Marie-Rollet, la Fédération des maisons d’hébergement pour femmes, la DPJ et le ministère des Services sociaux :

Désigner des intervenants pivots au sein des organisations pour favoriser une meilleure communication et un partage d’informations essentielles à la protection de l’enfant.
Recommandations à la Maison Marie-Rollet

S’assurer de ne plus jamais laisser partir un enfant en cas d’expulsion sans une communication avec l’intervenant de la DPJ en charge.
Organiser une formation continue auprès de son personnel sur la procédure lors de décisions d’expulsion d’une femme avec un enfant à risque de compromission.
S’assurer que les directives soient connues de tous les intervenants lorsqu’un enfant de la DPJ manque à l’appel ou est logé à un endroit inconnu.
CHRONOLOGIE D’UN INFANTICIDE
Mars 2016

Rosalie Gagnon fait l’objet d’un signalement à la DPJ.
21 février 2018

Audrey Gagnon quitte la résidence de sa mère avec sa fille en raison du comportement inquiétant de la grand-mère en psychose. Audrey Gagnon obtient de l’aide de la Maison Marie-Rollet où elle sera hébergée avec sa fille.
12 avril 2018

Après une dispute et des menaces à l’endroit d’une intervenante, Audrey Gagnon est expulsée. « Son expulsion qui n’était pas consentie a été le début de sa descente aux enfers », selon la coroner.
13 avril 2018

Audrey Gagnon demande à revenir à la résidence, car elle est dans la rue, mais la mère est adressée à d’autres organismes.
16 avril 2018

L’intervenante de la DPJ communique avec Audrey Gagnon. Malgré plusieurs appels, la mère ne retourne pas l’appel. « Cet appel était crucial, l’intervenante de la DPJ ayant trouvé une nouvelle ressource. »
18 avril 2018

Vers 7 h 15, une poussette abandonnée avec des traces de sang est trouvée dans un parc de Charlesbourg. En après-midi, le corps de Rosalie est retrouvé dans une poubelle verte d’une résidence privée non loin du parc.
29 mai 2019

La coroner en chef, Me Pascale Descary, ordonne la tenue d’une enquête publique.
11 mars 2020

Audrey Gagnon est déclarée coupable du meurtre au deuxième degré de sa fille et d’outrage à un cadavre. Elle se voit imposer une peine de prison à perpétuité sans possibilité de libération avant 14 ans. 

 

 

Source : Journal de Montréal │ Nicolas Saillant




Dernière mise-à-jour de l'article : Mercredi 17 mars 2021 à 11:35:21

Écrit par : Martin Ayotte



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